Édition été 2009
Volume 17 no 2

Comment les Québécois pêchent-ils le doré?
Par Pascal Blais


 

Nous sommes maintenant rendus à la deuxième partie de l’article. Dans cette section, j’ai recensé quelques techniques de pêche qui sortent de l’ordinaire. Voici la description de chacune d’elles avec le nom des pêcheurs qui l’utilisent.  

Mario Ballard (Québec)
Si je peux me permettre, je comparerais la technique de monsieur Ballard à celle d’un buffet chinois mobile. Le doré qui voit passer ce genre d’offrande a l’embarras du choix, car devant lui défilent une cuillère ondulante, un ver et un poisson-nageur. Pour effectuer le montage, monsieur Ballard commence par fixer un émerillon de bonne qualité à son fil. En second lieu, il accroche une cuillère ondulante, en l’occurrence une Williams W60 de couleur bleue. Par la suite, il accroche un autre émerillon à l’anneau qui sert à relier la cuillère à l’hameçon trépied. Il est à noter que monsieur Ballard n’enlève pas les hameçons de la cuillère. Comme troisième étape, le pêcheur fixe un bas de ligne de 24 pouces à l’émerillon qui est situé derrière la cuillère ondulante. Il installe aussi un troisième émerillon à l’autre extrémité de son bas de ligne. On retrouve donc un émerillon à chaque extrémité du bas de ligne. C’est à ce moment qu’entre en jeu le poisson-nageur. Ce dernier est fixé tout au bout du montage. Le poisson-nageur que monsieur Ballard privilégie est le Thin Fin de Storm. La dernière astuce, qui est le ver de terre, est placée sur l’hameçon trépied de la cuillère ondulante. Le ver est piqué sur les trois hameçons de la cuillère de façon à ce qu’une des extrémités dépasse. De cette manière, une partie du ver valse derrière la cuillère lorsque le montage est en action. Selon la saison et la position des dorés dans le plan d’eau, il arrive que ce pêcheur place un plomb fendu sur le bas de ligne, entre la cuillère et le poisson-nageur. Lequel des leurres croyez-vous le plus productif entre la cuillère et le poisson-nageur? Selon monsieur Ballard, deux fois sur trois, les dorés capturés ont attaqué la cuillère et le ver.  

Steeve Côté (Montréal)
Le montage de monsieur Côté est utilisé à la ligne morte lorsque l’eau est assez turbide et que les dorés sont à de faibles profondeurs (entre quatre et huit pieds). Cette méthode lui permet de présenter une offrande sans avoir à passer sur une structure avec l’embarcation et ainsi risquer d’apeurer les dorés. Sa technique consiste à fixer successivement un émerillon, une cuillère ondulante (Toronto Wobbler de trois pouces), un bas de ligne d’environ 15 à 20 pouces de long et un hameçon nº 8. Monsieur Côté appâte son hameçon d’un gros lombric. Avant de lancer le montage par-dessus bord, ce pêcheur place un gros flotteur sur sa ligne. La position du flotteur est très importante, car une fois dans l’eau, le ver doit se situer tout près du fond ou encore lui toucher légèrement. Quant à la cuillère, elle se trouve en suspension, entre la surface et le fond. Le doré est un poisson de fond et une fois attiré par les reflets de la cuillère, il voit le gros ver directement dans son champ de vision. Soyez attentif, votre flotteur pourrait couler à pic!  

Roger Déry (Ste-Anne-des-Plaines)
La méthode de pêche de monsieur Déry ne passe pas inaperçue dans le fond des plans d’eau, et ce, même les plus turbides. Tout d’abord, je dois préciser que ce pêcheur utilise du monofilament de 30 livres de résistance. Vous trouvez cela exagéré? Attendez de voir la suite et vous allez comprendre. Au bout de ce gros monofilament, monsieur Déry attache trois couleurs de fil plombé pour ensuite joindre un marcheur de fond. Ces derniers éléments permettent à ce pêcheur de gratter les fonds très profonds avec un équipement léger sans avoir à s’acheter tout l’arsenal pour une ligne plombée. Pour attirer le poisson, ce pêcheur n’y va pas de mains mortes. Directement au bout du marcheur de fond, monsieur Déry place un petit flasher ainsi qu’un bas de ligne de fluorocarbone qui varie entre 12 et 18 pouces. Un chapelet de six à neuf cuillères tournantes est ensuite fixé à ce bas de ligne. Un second bas de ligne de la même longueur que le précédent suit ces cuillères. Pour terminer le montage, ce pêcheur fixe une petite cuillère tournante de marque Étic au bout de laquelle sont accrochés un hameçon nº 6 et un gros ver de terre. Selon monsieur Déry, même si ce montage comporte plusieurs cuillères, il semblerait qu’il soit très efficace dans les plans d’eau clairs comme ceux turbides. 

Pierre Couture (East-Angus)
Est-ce qu’on peut pêcher le doré comme on pêche les salmonidés et y avoir du succès? Si nous posions cette question à monsieur Couture, il nous répondrait certainement oui. Comment fait-il? Ce pêcheur attache un émerillon ainsi qu’une cuillère ondulante au bout de sa ligne tressée et il laisse le tout traîner derrière l’embarcation. Sa cuillère préférée est la Mepps Syclops de 3 ¼ pouces pesant une once, mais il avoue en prendre avec d’autres modèles. Sa couleur de prédilection est le bleu électrique lors de conditions nuageuses et truite arc-en-ciel lors de temps ensoleillé. La vitesse à laquelle il obtient du succès avec ce leurre est de l’ordre de 1,8 à 2,5 mi/h (2,9 à 4 km/h). Selon l’entretien que j’ai eu avec ce pêcheur, il prendrait davantage de dorés lorsqu’ils sont situés entre 15 et 20 pieds d’eau et que ceux-ci sont récalcitrants aux offrandes plus connues. C’est d’ailleurs lors d’une sortie où rien ne fonctionnait que monsieur Couture s’est rendu compte à quel point ce leurre pouvait être productif pour prendre du doré.