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Édition Hiver 2007
Volume 16 no 1


Les secrets des champions du doré

Partie 2 : L’été
En période estivale, le doré est plus creux et il peut être pêché à des vitesses de traîne  plus rapides, ce qui veut dire de 1 à 3 milles/heure. Plus l’eau est chaude, plus la vitesse sera rapide. Par exemple : à (70°F) la vitesse sera de 2 milles/heure et à (75°F), la vitesse sera de 3 milles/heure. Cela oblige un choix de marcheur de fond doté d’un poids plus élevé, en l’occurrence le modèle de 1 ½ once et parfois plus. Pour Daniel et Didier, le truc en été est de localiser la bonne profondeur où se tient le doré. Cette profondeur idéale est facile à trouver puisque pour eux, elle correspond à une température d’eau de 17ºC (63ºF). Les secteurs à privilégier sont les îles sous-marines, les pointes, et surtout, les zones de transition. Lorsque je vous parlais de détail en début de texte, en voici une autre preuve. Pour ce duo de pêcheurs, il ne fait aucun doute qu’une bonne pêche au doré débute avec une bonne localisation. Il faut donc trouver des zones productives où des dorés sont concentrés au moment de l’année où vous y êtes. Et avec la pression de pêche de plus en plus élevée, si vous voulez avoir du succès régulier, il faut des coins de pêche qui ne sont pas assiégés par tous les autres pêcheurs. Et ces zones existent, elles sont plus difficiles à trouver, mais il faut y mettre l’effort. Les zones de transition dont il est question se rapportent à tous changements au niveau du fond de l’eau. Vous avez un fond généralement vaseux où vous trouvez soudainement un petit dépôt de roches d’une superficie de 20 par 20 pieds, voilà littéralement un aimant à doré. Un simple changement dans le relief du fond peut également s’avérer révélateur de gros poissons. Daniel et Didier me donnent en exemple ce fond de gravier au centre du lac, qui était à une profondeur constante de 25 pieds et où s’élevait une bande de 4 pieds (tel un petit muret). Plusieurs dorés, et en l’occurrence plusieurs beaux dorés, se trouvaient précisément le long de cette petite paroi sous-marine. Dans d’autres cas, il peut simplement s’agir d’une transition entre une zone d’herbe et un fond de sable, entre un fond de gravier et un fond de vase. Ces zones sont parfois à l’entrée d’une baie, à l’entrée d’un affluent ou parfois au beau milieu de nulle part. Pour les détecter, la seule véritable solution c’est le sonar. D’un commun accord, il faut un modèle pourvu d’un écran à haute résolution qui vous laissera voir avec précision le relief du fond ainsi que les changements entre un retour de signal provenant d’un fond mou, d’une zone d’herbe ou d’un fond dur. C’est vrai que ce type de sonar n’est pas donné (plus de 500$), mais ce n’est pas un gadget. Il permet réellement de trouver de petites structures occupées par les dorés. Pour Daniel et Didier, avoir un bon sonar est essentiel, mais savoir comment lire les données qu’il affiche à l’écran est tout aussi important. Or, ce n’est pas les symboles de poissons qui sont recherchés (car les sonars sont plus ou moins fiables à ce sujet), mais plutôt les différences dans la configuration du fond. Ainsi, si vous voyez une bosse, un talus, ce qui ressemble être une accumulation de roches, ou un changement dans le relief du fond, il peut être très payant d’y pêcher. Il faut se faire une image du fond marin et pêcher là où il y a une différence. Cela n’est rien d’évident, mais en préparation pour un tournoi, Didier et Daniel mettent beaucoup de temps pour trouver ce genre de structure. Plusieurs tournois se sont tout simplement gagnés de cette façon; sur un coin de pêche précis que personne n’avait vu. Les dorés y étaient concentrés et il suffisait d’y pêcher pour prendre du poisson.

 

 

Les meilleurs montages
Une fois qu’un bon coin est localisé, il faut le pêcher avec efficacité. En été, les harnais avec une cuillère argentée et des billes de couleur bleue ou rose sont les meilleurs en eau claire. En eau plus foncée, la même cuillère argent est utilisée mais avec des billes oranges. En eau carrément foncée, Daniel et Didier optent plutôt pour une cuillère orange ou chartreuse avec des billes assorties, soit oranges ou chartreuses. Contrairement au montage du printemps, les pêcheurs attachent leurs marcheurs de fond de façon conventionnelle. L’été, le métabolisme des dorés est plus actif, ce qui fait en sorte qu’ils sont plus agressifs qu’au printemps. Par conséquent, les touches sont généralement plus franches. Comme le montage conventionnel gratte le fond de façon plus marquée et émet plus de vibrations que la manière coulissante, Didier et  préfèrent ce montage, car ce dernier attire les dorés de plus loin. Pour ce qui est du nombre d’hameçons qui se trouve sur leur harnais, c’est relatif à l’appât employé. À la sangsue, ils placent un seul hameçon, tandis qu’avec un ver ou un méné, ils y en mettent deux. Par contre, lorsque les conditions sont difficiles,  par exemple en période de front froid ou si les dorés mordent sur le bout de la gueule, ils peuvent placer jusqu’à 3 hameçons au harnais à ver. 

Concernant les appâts, l’été est la chasse gardée de la sangsue. Cet appât offre des performances supérieures, mais si vous êtes dédaigneux de cette petite bête, vous pouvez vous rabattre sur le ver de terre car ce dernier est également très productif. Pour que ce dernier soit plus alléchant, Daniel et Didier y injectent parfois un peu d’air. Le méné mort n’est pas à dédaigner non plus, lorsque la loi le permet. Et en été, les deux pêcheurs emploient des ménés plus imposants ayant de 4 à 6 pouces de longueur.

Ici aussi, la distance entre le marcheur de fond et le harnais est très importante. Ils mettent plus de 10 pieds entre le marcheur et le leurre en eau claire. Si la pêche est particulièrement difficile, ils augmenteront cette distance à 15 pieds. Habituellement, si l’eau est trouble ou teintée, ils vont raccourcir la distance entre le marcheur de fond et le harnais.  On peut ici parler de 3 à 6 pieds de longueur. L’important est de ne pas partir avec des idées préconçues. Il se peut, lors de certaines journées, que cette règle soit faussée. Il faut donc y aller au départ avec la logique et ensuite par essais et erreurs si rien ne fonctionne. Comme disait Daniel : « Si ça ne fonctionne pas dans un secteur où nous avons vraiment le sentiment qu’il y a du doré, on ne change pas de secteur, on change de longueur d’avançon ou de présentation».  D’ailleurs, en situation de tournoi, Daniel et Didier ont plusieurs longueurs d’avançon différentes et plusieurs harnais montés d’avance. 

Si rien ne semble fonctionner et que même les techniques les plus fines n’ont rien donné (les techniques fines du printemps développées précédemment s’appliquent tout autant en été), il faut parfois provoquer les dorés et les « réveiller ». Dans cette situation Daniel et Didier utilisent un montage plus original. Ce dernier consiste à prendre un poisson-nageur de style banane, connu pour son action de nage très agressive à basse vitesse. Il faut alors enlever le trépied arrière du leurre et y attacher un avançon de 6 pouces, au bout duquel vous installerez une sangsue ou un ver de terre sur un ou deux hameçons #4 ou #6. Le poisson-nageur devra alors être fixé à 30 pouces derrière le marcheur de fond. Cette approche un peu de dernier recours excelle lorsque l’eau est turbide ou très teintée. L’idée est d’émettre le plus de vibration possible pour que le leurre soit remarqué par les dorés. D’ailleurs, lorsqu’ils pêchent de cette manière, le poids du marcheur de fond est augmenté à 2 et parfois même 3 onces, tout dépendant de la profondeur prospectée;  ce qui a toujours pour but de relever des sédiments et émettre le plus de bruit possible pour ainsi « réveiller » les paresseux. 

Photo : Denis Lapointe

   Le montage du poisson-nageur de style banane est utilisé comme plan « C »  par les deux pêcheurs lors de la saison estivale. Cette technique leur a d’ailleurs permis de se hisser au premier rang  de quelques tournois de pêche.
       
       


La trilogie    
Daniel et Didier appliquent une approche très précise dans leur localisation et dans leurs choix  de leurre, mais il y a un autre aspect à maîtriser dans cette « trilogie » à succès; le positionnement du leurre. En effet, même si vous avez trouvé une bonne structure, et même si votre choix de leurre est bon, il demeure impératif de le présenter de la bonne façon.

: Approche pour optimiser la sensibilité
       
       

   


Premier truc : La pêche à la traîne avec un marcheur de fond exige qu’il faut toujours sentir son marcheur de fond toucher le fond, et ce, uniquement avec l’extrémité de sa broche. Il ne faut donc pas laisser trop de fil pour que le marcheur soit traîné horizontalement au fond (voir illustration 1). Il doit plutôt évoluer le plus verticalement possible. Cette position verticale donne une meilleure sensibilité avec le fond et avec le poisson. Elle réduit également au minimum les chances de se prendre et relève légèrement le leurre afin qu’il soit exactement dans le champ de vision des dorés. Pour ce faire, il faut constamment jouer avec sa longueur de fil déployé et ceci implique d’embobiner ou de donner du fil au gré de la variation du relief sous-marin. Cela peut paraître facile, mais en réalité il en est tout autrement. Car le fond, surtout un fond rocheux, varie fréquemment de profondeur. Le pêcheur doit donc jouer au yo-yo afin que son marcheur soit toujours dans une position plus près de la verticale que de l’horizontale. Cette manœuvre demande beaucoup d’efforts et de concentration, mais elle permet des résultats supérieurs. 

Méthode pour bien couvrir une pente abrupte

   


Deuxième truc : tel que mentionné au Premier truc, pour avoir la meilleure sensibilité avec le fond, il faut faire évoluer son montage perpendiculairement sous le bateau. Or, votre façon de conduire l’embarcation prend ici un rôle très important car si vous êtes trois pêcheurs, il sera alors très avantageux de couvrir trois profondeurs différentes. Comment ? Si la zone de pêche est sous forme de dénivelé (pointe ou petit talus sous- marin), le conducteur doit s’arranger pour maintenir l’embarcation perpendiculairement au contour de la structure de sorte que le premier pêcheur à l’avant présentera un leurre en faible profondeur, celui du centre en moyenne profondeur et le dernier, si la dénivelée est assez abrupte, pourra être en zone plus creuse. Cette technique exige un parfait contrôle de l’embarcation puisque la partie avant doit constamment faire face au tout début de la dénivellation et la partie arrière doit être vis-à-vis la descente de la dénivellation. La figure 2 illustre le cas ou trois pêcheurs utilisent cette technique. Dans cet exemple, le premier pêcheur a couvert la pointe dans une profondeur de 5 pieds, le deuxième dans 10 pieds et le troisième dans 15 pieds. La réalité n’est évidemment pas aussi parfaite, mais le  principe s’applique très bien quand même. Le contrôle de l’embarcation devient donc un aspect primordial et l’utilisation du moteur électrique est alors tout indiquée. Pour suivre une pointe avec un parallélisme parfait, il faut idéalement avoir l’aide du vent, sinon, il faut se repositionner plus fréquemment. Didier et Daniel utilisent tellement leur moteur électrique lorsqu’ils pêchent au doré, qu’ils amènent en tournoi un minimum de deux groupes de batteries avec eux pour être certains de ne pas manquer d’énergie. Pour eux, le détail relié au contrôle de l’embarcation est si important, qu’il a été directement responsable de certains podiums lors des tournois. Notons qu’à leurs débuts, Daniel et Didier n’avaient pas de moteur électrique et ils réussissaient tout de même à obtenir ce genre de contrôle d’embarcation via un moteur à essence utilisé en traîne renversée. Pour citer Daniel : « La seule chose qui est importante sur un hors-bord, c’est le reculons! Le contrôle est un peu moins facile qu’avec un moteur électrique, mais il est possible de très bien s’en tirer ». Pour lui, la majorité des poissons ne sont pas influencés par le bruit du hors-bord. Par contre, il est vrai que dans certaines conditions et dans des lacs plus pêchés, les dorés peuvent être négativement influencés. Dans ce cas, Didier et Daniel utilisent une autre tactique qu’on vous présente comme troisième truc.

Troisième truc    
Il est connu que certains poissons peuvent être dérangés par le passage de l’embarcation. Dans ces moments, Didier et Daniel font des passages en diagonale sur les structures importantes. Ainsi, dans ce cas, il n’est plus question de suivre le contour du rivage, mais bien de faire passer l’embarcation dans une zone morte, et ensuite de tourner presque à angle, droit afin que les leurres puissent circuler directement dans la zone à haut potentiel. L’illustration 3 nous montre comment orienter le trajet de l’embarcation pour que les leurres suivent un parcours différent par rapport au parcours du bateau. Outre le fait de ne pas perturber les poissons visés, cette technique permet  de « pousser » les poissons effrayés par l’embarcation vers la zone où passeront les leurres. Ici, vous comprendrez que les leurres ne peuvent plus être pêchés perpendiculairement sous l’embarcation, ils doivent plutôt être pêchés beaucoup plus loin derrière (environ 100 pieds) et le pêcheur doit tenir sa canne haute afin de réussir à quand même garder son marcheur de fond plus vertical qu’horizontal. Ce type de manœuvre peut également se faire sur des îles sous-marines qui sont situées en faible profondeur (15 pieds et moins). 

Technique pour dorés méfiants
       
       

   

Quatrième truc. Si vous êtes plusieurs dans le bateau, et si vous couvrez un nouveau plan d’eau, il peut être idéal de simplement combiner les deux approches. Deux pêcheurs pourront pêcher perpendiculairement sous l’embarcation et un ou deux autres pêcheurs pourront laisser leur marcheur de fond plus loin derrière. Cette méthode peut s’avérer très efficace puisque vous profitez de la précision de la première et de la discrétion de la deuxième. Si l’une donne clairement de meilleurs résultats que d’autres, vous savez quoi faire !  

Compréhension + Détails = Podium
Le marcheur de fond est un outil peu dispendieux dont tous les pêcheurs peuvent se servir pour faire réagir les dorés. Il n’est peut-être pas aussi attractif que les nouveaux poissons-nageurs au créatif holographique, mais il possède un très grand avantage, celui de présenter les leurres exactement là où se tiennent principalement les dorés : près du fond. Didier Germain et Daniel Hein en ont prouvé maintes fois l’efficacité en ayant remporté plusieurs tournois de haut prestige. Pour eux, cette arme rudimentaire fait et fera toujours partie de leur coffre à pêche. Outre les différentes techniques reliées au marcheur de fond, ce qu’il faut retenir de cet article concerne la compréhension et les détails. Comprendre où les dorés se trouveront, en fonction des saisons, des conditions et des structures qui les attireront. Et surtout, maîtriser les détails. Les détails reliés au choix de leurre, au contrôle de l’embarcation et à tout ce qui concerne la présentation.

En tournoi, les pêcheurs ont souvent des défaites pour expliquer leurs contre-performances, tandis que les gagnants eux, auront plutôt usé de détails et ajuster leur façon de pêcher. Et c’est en ayant une compréhension et une maîtrise des détails semblables à Daniel et Didier que l’on devient comme eux : des champions.