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Wapiti au Québec?

Par Stéphane Féron

photo À partir de 1973, 54 bœufs musqués furent introduits progressivement au Nunavut, dans le grand Nord québécois. Depuis, le troupeau a prospéré et les biologistes l’estiment aujourd’hui à 1500 individus. Il est probable que ni vous ni moi ne puissions jamais avoir le grand plaisir un jour d’apposer notre coupon d’abattage sur un trophée québécois d’Ovibos Moschatus. Et pour cause : il vous faudra dans un premier temps mettre la main sur l’un des six permis délivrés cette année puis débourser environ 20 000 $ lors de votre séjour dans une des pourvoiries inuites accréditées… Le bœuf musqué est un nouvel immigrant et il ne doit sa présence en sol québécois que par la volonté des biologistes.

En revanche, un magnifique animal peuplait abondamment les plaines du Sud du Québec, le cours supérieur du Saint-Laurent jusqu’à la lisière méridionale de la forêt boréale à l’arrivée des Français : le wapiti. Chassé pour subvenir aux besoins des premiers colons, le dernier spécimen indigène fut abattu à Cap St-Ignace à l’est de Lévis vers 1830. Avec lui disparaissait à jamais la sous-espèce de l’Est du wapiti. Une première tentative de réintroduction de l’espèce fut menée à Anticosti par Meunier à la fin du 19e siècle. Cette expérience se solda par un échec, l’habitat se révélant inadapté à la survie de cette espèce.

 Présent aujourd’hui au Québec dans une vingtaine de fermes d’élevage ou des enclos de chasse, sa viande est disponible dans plusieurs boucheries « fines » et ses bois sont commercialisés en capsules comme toniques pour l’organisme. Les Chinois leur prêtent des vertus aphrodisiaques.

Alors que nos voisins ont compris depuis longtemps le potentiel économique de sa chasse, la question de sa réintroduction en sol québécois n’est pas à l’ordre du jour.

En Ontario, le Ministère de l’environnement relâche dans le nord de la province, depuis plus de quinze ans, des sujets capturés plus à l’Ouest. La chasse y a été ouverte en 2011 et 70 permis seront émis cette année.

Les Américains ont repeuplé une dizaine d’états de wapitis capturés dans les montagnes rocheuses et leur brame si particulier se fait à nouveau entendre dans le Sud et la région de Grands Lacs.

Ces expériences devraient nous inspirer à militer en faveur de cette espèce qui présente un intérêt cynégétique unique, une venaison de grande qualité et des trophées impressionnants.

Mais ici, les autorités avancent les risques de maladie débilitante chronique (MDC) et la brucellose, comme obstacles à la réintroduction du wapiti au Québec, argument défendu par ses biologistes.

Pour la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, le phénomène de la MDC serait la raison principale de l’enterrement du dossier wapiti au Québec (source Michel Baril, biologiste FQCP).

On est en droit de se demander, s’agissant d’animaux contrôlés avant d’être relâchés, où est le risque? De plus, là où il a été réimplanté, il n’a pas été vecteur de contamination de cette maladie endémique à l’Ouest.

Les raisons du blocage de sa réintroduction, alors même que plusieurs espèces allogènes ont été introduites (bœuf musqué, truite arc-en-ciel, truite brune, dindon dans certaines régions) sont peut-être à chercher autre part?

L’Ontario a continué son programme de réintroduction et considère que cet animal majestueux joue de nouveau un rôle important dans les écosystèmes de la province et enrichit sa biodiversité. Il ouvre aussi des possibilités pour des loisirs comme l'observation de la faune et la chasse.

Il y a cependant un risque de conflit partout où l'être humain et des animaux sauvages partagent un même territoire. En Ontario, les conflits entre l'être humain et le wapiti se présentent sous la forme de dégâts causés à des cultures et de collisions routières.

Ce grand cervidé est avant tout un animal de plaine qui a une fâcheuse tendance à chercher sa nourriture en milieu agricole. Si l’hiver il se nourrit d’espèces ligneuses, les autres saisons il consomme essentiellement des graminées et ses besoins quotidiens de 7 kg/jour en font un invité indésirable dans les champs de bon nombre d’agriculteurs.

Certains organismes ne voient pas d’un très bon œil la réintroduction de cet animal au Québec.

L’Union des Producteurs Agricoles reste vigilante sur cette menace et si le sujet devenait d’actualité, nul doute qu’elle ferait valoir ses objections comme elle le fait pour le programme actuel de lâchers de dindons sauvages (source : Patrice Juneau, conseiller aux affaires publiques UPA).

Pour la SAAQ, qui se défend d’exercer des pressions auprès des autorités, les risques de collisions avec les automobiles sont supérieurs à ceux avec les orignaux et les conséquences, similaires.

Si les objections à sa réintroduction peuvent être recevables dans les zones densément peuplées du Sud de notre province, nous avons de grands espaces, des habitats propices, des réserves fauniques, des ZECS, des pourvoyeurs et des chasseurs qui, comme moi, rêvent du jour où le wapiti reviendra hanter nos forêts.